1- Note d'intention
Combien de blogs ai-je commencé ? Quatre ou cinq, probablement plus. Quel intérêt, me direz-vous ? Je reste émerveillé par ce qu’Internet nous offre, la communication directe, sans filtre, de l’auteur vers le lecteur. Un lecteur qui parfois vous répond. Facebook a ses charmes, Twitter aussi (je note au passage que le correcteur orthographique de mon traitement de texte ne souligne pas Facebook en rouge mais semble ne pas connaître Twitter – la prochaine version réparera cette lacune), mais le blog, du moins celui qui se veut littéraire, n’est qu’écriture – pas de parasitage lolesque ou émoticonesque. L’impudeur d’un blog, la prise de risque m’intéressent. A quoi bon poursuivre un journal « intime » qu’on décortiquera quand tous les protagonistes seront morts ? (J’ai tenu un journal de l’âge de neuf ans à trente ans). Le risque du remords, de la bêtise, de la redite. Du ridicule. De prêter le flan à la malveillance (j’ai été touché de lire les saloperies dont Marie Darrieusecq a été victime depuis son premier succès. Cette interview dans les Inrocks, cette semaine, me l’a rendu très sympathique.) Sans parler des fautes grammaticales ! J’allais oublier aussi le risque ultime – celui de ne pas être lu. (Un matin, je présentais le journal en direct comme à mon habitude et le réalisateur s’aperçut, au bout de la dixième minute que mon bulletin n’était pas diffusé car un programme exceptionnel le remplaçait à ce moment-là. – Au moins, toi tu m’as écouté ? lui demandai-je. Eh bien non, il était au téléphone, le bougre !)
L’inventeur du blog d’écrivain, bien avant la création d’Internet, est selon moi le journal Libération lorsqu’il eut l’idée de publier, chaque samedi, le journal de la semaine d’un écrivain. J'aurais adoré être sollicité par Libé ! J’aime bien aussi le journal de Sollers dans le JDD – j’ai du mal à suivre ses envolées dans ses livres épais mais je le considère comme un de nos meilleurs feuilletonistes et publicistes.
J’ai publié trois romans, j’en ai terminé un quatrième, un cinquième est en cours d’écriture. Pas de best-seller à mon actif, je ne vis donc pas de ma plume. Mais l’écriture est ce qui me constitue. Les livres m’aident à vivre. A affronter la médiocrité, la méchanceté. Certains ont la chance d’avoir Dieu dans leur vie, moi ce sont les livres. J’aime autant lire qu’écrire. Difficile de renoncer à l’un ou l’autre. Certains prédisent la mort du livre – pas seulement la mort du livre qui tient dans la main par opposition à l’e-book qui va déferler dans nos tablettes. Etrange, me direz-vous, d’avoir fondé toute sa vie sur quelque chose qui est peut-être voué à disparaître...
J’ai longtemps cru que tout le monde ou presque avait la même passion que moi. Je pensais naïvement que toute personne aimant les livres rêvait d’être écrivain. Je ne comprenais pas que ma grand-mère, directrice d’école, n’ait pas imité la Comtesse de Ségur. Pourquoi donc mes profs de français n’avaient-ils pas publié au moins un roman, eux qui étaient capables d’analyser de manière aussi pointue les œuvres qu’ils me faisaient lire ? Maintenant, je me demande si la passion d’écriture n’est pas une névrose, une jolie névrose, voire un trouble obsessionnel compulsif. Ma foi, comment expliquer autrement qu’un homme renonce à presque tout pour aligner des mots sur un écran d’ordinateur ? Mais il est des névroses, comme certaines phobies (ma principale phobie : conduire une voiture – jamais je ne conduirai et personne ne pourra m’y contraindre), qui ne nécessitent pas d’être soignées.
Ecrire un blog, c’est aussi une manière de se dégourdir les doigts quand on est plongé dans une fiction qui exige rigueur, discipline et régularité.
J’aurais voulu trouver une forme intelligente à ce blog, comme les trois paragraphes d’Eric Chevillard. Ce blog aura la forme que j’aurai au moment de l’écrire !
J’avais l’intention de commencer un blog sur la plateforme du Nouvel Obs et je me suis aperçu qu’il n’avait pas de bouton Facebook à la fin des notes publiées. Aussi ai-je décidé de rester sur mon vieux blog, celui qui me servait de dossier de presse depuis des années et qui apparaît en deuxième position lorsqu’on me googlise.
Le Cambodge au rendez-vous du Steir Laïta - Clohars-Carnoët
Ouest-France / Bretagne / Quimperlé / Clohars-Carnoët / Archives du samedi 31-07-2010
Le Cambodge au rendez-vous du Steir Laïta - Clohars-Carnoët
samedi 31 juillet 2010Pour le premier café littéraire de l'été, Claude Couderc, journaliste écrivain qui a été directeur des programmes culturels à FR 3, aujourd'hui conseiller municipal, avait invité, samedi en soirée, un autre journaliste de Radio Orient, Loïc Barrière, auteur du livre Le Coeur des enfants Khmers.
Les deux hommes, en présence de très nombreux lecteurs, ont débattu du livre et Loïc Barrière, très à l'aise dans ce genre de débats, a répondu aux nombreuses questions posées par le public. Ce grand amoureux du monde arabe dont il parle la langue a écrit, curieusement, son premier livre sur l'Asie et notamment le Cambodge par suite d'une rencontre avec un réfugié cambodgien.
Ce livre est un chant d'amour qui s'adresse à l'enfance martyrisée entre 1975 et 1979, après l'arrivée des Khmers rouges au pouvoir et du génocide qui a suivi en s'inspirant d'histoires vécues. Un lien entre plusieurs histoires, entre l'enfance d'hier et celle d'aujourd'hui, un livre d'espoir sur le retour au pays.
Ce premier café littéraire annonce une nouvelle rencontre, le 6 août, toujours au Steir Laïta au Bas Pouldu, à 21 h, où Claude Couderc recevra, pour un autre genre de débat sur la poésie, Michel Tréguer.
Article du Télégramme de Brest du 28 juillet 2010
Claude Couderc avait invité Loïc Barrière, vendredi soir, pour le premier café littéraire de l'été. Journaliste à Radio Orient, Loïc Barrière est amoureux du monde arabe, dont il parle la langue. Mais c'est en Asie, plus précisément au Cambodge, que se déroule son dernier livre, «Le choeur des enfants khmers». L'entretien a commencé par un peu d'histoire: l'arrivée au pouvoir des Khmers rouges en 1975 et le génocide qui suivra. Puis l'auteur va livrer au public les événements qui déclencheront l'écriture de cet ouvrage.
Un hymne à l'enfance martyrisée
L'élément déclencheur est la rencontre avec Rhota, un réfugié cambodgien qui a vécu cette période. L'auteur partira au Cambodge avec lui, tombe amoureux du pays et de celle qui deviendra son épouse. Deux enfants plus tard, il écrira son livre en s'inspirant d'histoires vécues. Il posera les questions que l'on tait habituellement dans les familles. Son livre est un chant, un hymne à l'enfance martyrisée de 1975 à 1979, mais aussi aux enfants d'aujourd'hui. Livre d'espoir qui parle du retour au pays des réfugiés et pose des questions: comment se reconstruire après une guerre? Le retour est un voyage avec les âmes errantes, celles des disparus qui n'ont pas eu de cérémonie d'adieu. L'auteur considère que son travail a été de faire le lien entre plusieurs histoires. Très à l'aise dans l'exercice, il a répondu à plusieurs questions du public.
Café littéraire. Le Cambodge, entre roman et réalité
«Quelques mots d'arabe» de Loïc Barrière : arabe d'adoption
«Quelques mots d'arabe» de Loïc Barrière : arabe d'adoption
Voyage au Maroc d'un jeune Français qui vient au secours de son ami Marocain en pleine dépression. L'occasion de dresser la chronique d'une jeunesse désespérée mais aussi de tracer le portrait d'un homme qui s'est pris de passion pour la langue arabe et lLe matin : 29 - 04 - 2004
On ne compte plus les histoires de jeunes Maghrébins qui rêvent de la France. Mais de jeunes Français qui se passionnent pour le Maghreb, combien en connaît-on ? Gaël est de ceux là. Il a grandi en province, à Courbeuf. Enfant effacé, sa mère pensait qu'il n'aimait rien. En fait, il cherchait désespérément quelque chose à aimer. Au collège, il était le souffre douleur d'une bande de petits caïds d'origine algérienne. « Ces Algériens, je les détestais tout en les admirant. Je rêvais d'être comme eux. » Ce sont les filles qui l'ont sauvé : Habiba, Nadia, Zoulikha et surtout Farida, qui devint sa meilleure amie. Alors, à treize ans, il a trouvé : il a fait croire qu'il parlait arabe. Une lubie qui s'est bientôt transformée en passion.
Gaël a d'abord appris quelques mots des différents dialectes que parlaient ses amies, Chaouis, fille de Harki, ou petite Algérienne n'ayant jamais mis les pieds au pays. Puis il s'est offert une méthode d'apprentissage rapide, « Je parle arabe » : « Marocain, algérien, égyptien ? Peu m'importait ! Du moment que c'était de l'arabe ! Assis devant le grand miroir de la salle de bains, je lisais à voix haute. Je me regardais, fasciné.» .Ensuite, il a pris des cours d'arabe à la mairie de Courbeuf où il a retrouvé Boumediene, son ancien ennemi du collège.
religieux. Sur le trajet de ses cours à la maison de sa grand-mère, il récitait les mots appris : al-baqaratou, al-dikou… Puis il a fini par s'inscrire aux cours pour adultes, deux fois par semaine. Bien-sûr ce n'était pas de l'arabe dialectal. Il raconte d'ailleurs avec humour ce jour où, fraîchement débarqué à Alger, il a demandé l'adresse d'un hôtel en arabe classique et s'est vu répondre dans la langue de Molière… Mais pour Gaël, l'arabe était plus qu'une langue : un moyen de découvrir un autre monde, « à la façon des explorateurs ». Alors il a collectionné les correspondants au Zaïre et au Sri Lanka. Avant de commencer une relation épistolaire avec Mohammed, un jeune Marocain qui avait répondu à une annonce dans El Watan El Arabi. Dès lors, il eut deux meilleurs amis, Farida, Algérienne de France, et Mohammed, Marocain de Aït Boujeloud.
Jeunes en déshérence
Aujourd'hui, Gaël a trente-cinq ans. Il travaille dans une librairie et vient de prendre un long congé pour aller au Maroc secourir Mohammed qui est au plus mal. Pour le tirer de sa dépression, il l'emmène en voyage à travers le Royaume. Dans son sac, il emporte le parfum de Farida, seule chose qu'elle lui a laissé avant de se suicider. A chaque étape, on en apprend un peu plus sur l'histoire de ses deux amis. Farida, partie faire ses études en Algérie, s'est retrouvée clandestine en France, le pays de son enfance, quand elle a voulu retourner y vivre.
Mohammed, dernier d'une famille marocaine pauvre, a dû arrêter l'école et le football pour gagner sa vie mais ne parvient pas à trouver du travail. A travers leurs parcours on découvre des pays loin des clichés comme des rêves. Une France où les immigrés qui rêvaient de la Tour Eiffel se retrouvent exploités dans des usines, condamnés aux mariages blancs ou à l'expulsion. Un Maroc que tous les jeunes veulent quitter. Pays d'une jeunesse en déshérence qui, de chômage en manque d'argent, de petites magouilles en amitié profitable avec des touristes de passage, n'a plus la force de s'imaginer un avenir.
Gaël ne juge pas, il constate les souffrances des uns et les malheurs des autres. Sans jamais remettre en cause son propre attachement pour cette terre d'adoption qui lui ouvre les portes d'un dur apprentissage. Ce récit de Loïc Barrière, journaliste à Radio-Orient, est une succession de chroniques de vies des deux côtés de la Méditerranée. Son écriture manque un peu de charme mais pas son regard de voyageur, toujours avide de découvrir l'autre.
Derrière ses personnages, il fait apparaître le portrait en demi-teinte d'un jeune homme qui s'est édifié sur une formule : « Pour être aimé, montrer qu'on s'intéresse aux autres».
Quelques mots d'arabe de Loïc Barrière, Ed. Seuil, 156 p.
Un article sur "Quelques mots d'arabe"
Mon ami Salim Jay évoque mon roman "Quelques mots d'arabe" (Seuil, 2004) dans le journal marocain, Le Soir Echos
Salim Jay : Quatre écrivains et quelques mots d’arabe
Culture | salimjay | 15 avril 2010 à 7 h 55 minPeu d’auteurs ont mieux exprimé l’intimité franco-maghrébine avec ses paradoxes et sa rémanence que Loïc Barrière a su le faire, d’abord avec «Le voyage clandestin» (Seuil, 1998) ensuite «Quelques mots d’arabe». (Seuil, 2004). On saluera là une sorte de fraîcheur dans l’inspiration mais aussi une bonne connaissance des sociétés évoquées. En effet, Barrière s’obstine dans l’empathie et ce que l’amitié doit à son regard n’entraîne pas la défaite de la lucidité. «Quelque mots d’arabe» raconte l’attachement d’un jeune homme pour le Maghreb, y compris la Mauritanie. Des voyages, donc, et des liens, minutieusement entretenus et interrogés.
D’abord, il y eut l’enfance et la découverte du Maghreb d’en France. C’est finement conté, sans démagogie racoleuse. Nous faisons la connaissance d’Algériens et d’Algériennes de France, de Marocains du Maroc et de France, de Franco-Maghrébins, de Mauritaniens qui conduisent le narrateur de Nouakchott jusqu’à Nouadhibou. Ce sont des voyages successifs, des alliances, des réminiscences, tout un spectre de relations détaillées généreusement. Les amitiés d’enfance, les apprentissages partagés, les loyautés comme les ambiguïtés du vivre ensemble. Il y a surtout, dans «Quelques mots d’arabe», l’expression volontariste d’une attention presque obsessionnelle à la détresse sourde d’une jeunesse maghrébine en perte d’espoir quant à l’emploi de sa vie, dans tous les sens de ces termes. Par cette proximité intelligente avec les inquiétudes les plus viscérales d’autrui, le roman de Loïc Barrière accomplit une sorte de tour de force, même si la langue dans laquelle le récit nous est fait manque, un peu, de cette vigueur que le livre, pourtant, possède.
Loïc Barrière a cherché à être compris plutôt qu’à séduire et, finalement, ce qui séduit dans «Quelques mots d’arabe», c’est une forme de respect pour le lecteur qui n’est pas une qualité si courante. Dans le passionnant «Pasolini» publié par René de Ceccaty dans la collection Folio-Biographie en 2006, le critique citait cette phrase plus que condescendante de Pasolini en 1965 : «La moyenne de l’intelligence des Marocains est basse, je dois le dire : et cela aussi les rapproche de nombreux peuples en voie de développement». Il n’a fallu que quarante ans à Tahar Ben Jelloun pour faire siennes de telles conclusions dans un roman «Partir» ( Gallimanard, 2006 ) où l’écrivain prétendait décrire les raisons et les causes de l’émigration clandestine, les voies et les moyens de la séduction et de la perdition. Hélas, «Partir» était un patchwork de préjugés rancis, d’aberrations convenues, un exercice de paresse intellectuelle en roue libre.
La surprise vint plutôt de «Les Hommes passent à Tanger»,
roman d’Ari Behn, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier (Actes Sud 2006). Les pratiquants du tourisme sexuel, de la vénalité, de la dépravation ou du terrorisme, coloriés fadement par Ben Jelloun, apparaissent en perpétuel contre-emploi. Au contraire, le roman d’Ari Behn pétille de drôlerie et on y rencontre une sagacité qui ne pèse ni ne pose. Le même milieu, la même «lutte des classes» sexuelle, mais dépeints avec drôlerie, avec intelligence et un total respect des protagonistes marocains. «Poils de Cairote» de Paul Fournel est un titre facétieux, certes, mais un peu laid qui ne laisse pas présager la douceur que salue ce journal tenu de novembre 2000 à juin 2003. Ainsi, le 14 avril 2002, l’écrivain, formé à l’Ouvroir de littérature potentielle, note : «Un ami marocain débarque pour la première fois au Caire. Il m’explique que, s’il parle son marocain rauque et sec, personne ne le comprend dans ce pays de langue douce. Lui, en revanche, comprend parfaitement l’égyptien, à cause du cinéma, des feuilletons de la télé, des chansons de son enfance. -Depuis deux jours que je suis ici, précise-t-il, j’ai l’impression de vivre dans un film- ». On n’a qu’un regret en lisant «Poils de Cairote» : Georges Henein n’est plus là pour le résumer d’un aphorisme.
Loïc Barrière, invité du Salon du Livre de l'antiracisme et de la diversité, dimanche 5 avril 2009
Dimanche 5 avril 2009, de 14 h à 19 h, Salon du Livre de l'antiracisme et de la diversité
Mairie du 6e arrondissement, 78, rue Bonaparte, 75006 Paris.
Je serai invité à dédicacer mon roman "Le choeur des Enfants khmers", aux éditions du Seuil.
Egalement présents dans ce salon du livre : Elie Barnavi, Cabu, Christian Chesnot, Jean-François Colosimo, Michèle Cotta, Jean-Pierre Filiu, Eric Fottorino, Jean-Noël Jeanneney, Smaïn Laacher, Laurent Joffrin, Soukaïna Oufkir, Gisèle Pineau, Boualem Sansal, El Yamine Soum, Hubert Védrine etc...
A bientôt, Loïc
Loïc Barrière à la Fête de l'Huma
Je serai présent au village du Livre de la Fête de l'Huma
samedi 13 septembre et dimanche 14 septembre 2008, de 14 h à 19 h
Je présenterai mon nouveau roman "Le Choeur des enfants khmers", Seuil 2008
Un article dans Médiapart
MMembre de Médiapart, Emmanuelle Caminade livre ici son sentiment après la lecture du Choeur des Enfants khmers
Le choeur des enfants khmers, de Loïc Barrière ( ou le Cambodge, malade du silence )
Le choeur des enfants khmers de Loïc Barrière est le récit du voyage au Cambodge de trois jeunes Khmers élevés en France, à la recherche d'un passé qui leur a été totalement ou en partie occulté.
Ce roman raconte de manière apaisée l'horreur du génocide perpétré par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.
L'auteur semble en effet désireux de ne pas heurter ceux qui ont survécu au massacre et réussi à se reconstruire au prix de ce silence si pesant pour leurs enfants.
La description de la beauté des paysages, l'évocation des coutumes ancestrales et de la douceur souriante des Cambodgiens lui permettent de «diluer» le récit des atrocités subies et de rendre la vérité plus audible.
Loïc Barrière présente ainsi une version surprenante pour un occidental ne connaissant pas l'Asie, sereine, mais non expurgée, car il n'élude rien. Il aborde avec tact la complexité des faits, notamment cette tendance à la résignation, inscrite dans les mentalités, qui a fait supporter l'horreur en silence.
Il évoque, par ailleurs, les maux actuels du Cambodge qui frappent la société toute entière (corruption, esclavage domestique, prostitution enfantine ...) en mettant en lumière la persistance de cette passivité au sein-même de la nouvelle génération. Et le voyage initiatique de ces trois jeunes gens débouche sur une silencieuse et effrayante acceptation de l'impuissance.
Loïc Barrrière affiche ainsi un profond pessimisme sur l'avenir du Cambodge et offre à ses enfants khmers un modèle bien négatif pour se construire, en leur ôtant toute espérance.
Le choeur des enfants khmers, éditions du Seuil, avril 2008
Le choeur des enfants khmers : chronique d'Anne Sophie Demonchy
L'excellent blog "La Lettrine" d'Anne Sophie Demonchy publie une longue chronique sur mon roman.
Merci beaucoup Anne Sophie ! Je vous recommande d'aller sur son blog régulièrement, il est très souvent réactualisé.
Le Choeur des enfants khmers - Loïc Barrière (Seuil)
Pour faire connaître les horreurs de l’Histoire, un auteur peut avoir recours à deux possibilités : le document ou la fiction. Le premier offre l’avantage de s’appuyer uniquement sur le réel et le second celui d’introduire une intrigue… Nombreux sont les auteurs qui ont ainsi choisi la voie du roman pour raconter un événement historique tragique en s’appuyant sur des faits précis en alliant à la fois histoire personnelle et Histoire collective. C’est le choix qu’a fait le journaliste et écrivain Loïc Barrière dans son récent roman : Le Chœur des enfants khmers, publié au Seuil.
Avant d’ouvrir ce livre, du Cambodge, je n’ai en tête que quelques évocations vagues : Pol Pot, les Khmers rouges et le temple d’Angkor. En lisant la longue préface de Loïc Barrière j’apprends ainsi que d’ici quelques mois, s’ouvrira, enfin, le procès des Khmers rouges, responsables d’un génocide ayant tué 2 millions de Cambodgiens.
Entre 1975 et 1979, les Khmers rouges ont pris le pouvoir et ont imposé une dictature alors que pendant quelque temps, ils furent une sorte d’espoir : les Khmers, en effet, se sont retrouvés en guerre, au cours du conflit entre les Etats-Unis et le Vietnam et les Khmers rouges se sont battus pour la paix. Très vite pourtant, les Khmers rouges ont changé leur attitude et ont utilisé la violence pour gouverner le pays. Ils ont appliqué la même politique que les communistes chinois : exécution des intellectuels et des enseignants, rejet de la culture, destruction des livres… En moins de quatre ans, un quart de la population est exterminée ! Pour échapper au massacre, nombre de Khmers ont essayé de s’enfuir clandestinement vers la Thaïlande et ont été accueillis dans des camps de réfugiés.
Selon Loïc Barrière, « le sourire des Khmers et la splendeur des paysages donnent l’illusion d’un pays en paix avec lui-même. Une illusion puisque le Cambodge d’aujourd’hui est l’enfant du génocide. Le souvenir des atrocités continue de meurtrir les survivants qui ont transmis leurs traumatismes aux nouvelles générations, dans le silence et le non-dit ». Au Cambodge, comme ailleurs, les enfants ignorent tout de cette période qui n’est guère enseignée. Les parents ont l’impression de rouvrir inutilement des plaies… Mais l’auteur est convaincu que pour comprendre la situation cambodgienne d’aujourd’hui, il faut raconter le passé.
Ainsi, le procès des Khmers rouges, qui durera trois ans, est-il très attendu car il permettra non seulement d’affirmer officiellement qu’il y eut bien un génocide khmer, de juger les responsables, même si la plupart sont déjà morts, et enfin d’entendre les témoignages des victimes qui ont gardé le silence sur cette tragédie pendant trente ans.
La préface du livre du Chœur des enfants khmers est passionnante car elle permet de rappeler en quelques pages ce qui s’est passé dans les années 1970, qui sont les responsables, quels sont les enjeux du procès à venir et les critiques de certaines personnalités opposées à ce procès. Elle rappelle également le rôle de l'avocat Vergès dans cette affaire.
Sans craindre de rester ignorant de l'Histoire, on peut enfin commencer le roman puisque toutes les allusions ont été précisément expliquées.
Josué a été adopté en bas âge par une Française et il ignore tout de son pays d’origine. Un jour, il rencontre dans une pagode à Vincennes un cambodgien, comme lui, Rotha qui contrairement à lui, a connu le génocide ainsi que l’exode et les camps de réfugiés. Parce que Josué ne reste pas indifférent aux récits de Rotha sur ses souvenirs et les récits des traditions khmers, les deux hommes se lient d’amitié. Un jour, Rotha convainc son ami et son jeune frère de partir au Cambodge, découvrir leur pays d’origine.
Ensemble, ils découvrent les ruines d’un pays traumatisé par son passé car si la nature est splendide, derrière les visages enjoués des Cambodgiens se cachent de terribles souvenirs… S’entrecroisent ainsi des chapitres consacrés à la visite des sites et des récits tragiques à l’époque du génocide. Ainsi, l’on apprend que les enfants dans les écoles étaient embrigadés. Ils n’apprenaient rien en dehors des chants révolutionnaires… N’ayant pas le droit de connaître l’Histoire ni la littérature, et étant privés de véritables enseignants ainsi que de livres, les enfants demeuraient dans l’ignorance complète.
A travers leurs rencontres, les voyageurs entendent de nombreuses anecdotes douloureuses : la vie dans les camps, les superstitions, les façons de survivre à la dictature mise en place… Rotha qui se souvient parfaitement de ses premières années, raconte ses différents souvenirs, que ce soit avant l’arrivée des Khmers rouges, l’exode ou la vie au camp en Thaïlande. Les récits sont souvent terribles mais versent rarement dans le pathos.
Mais si Rotha connaît son histoire et ses origines, en revanche, son jeune frère Vannak, qui est né en France, n’en a pas entendu parler. Il garde pourtant les traumatismes de sa famille. Ainsi, il est le seul à se sentir Français. Ses parents, eux, vivent selon les traditions khmères, traditions qu’ils n’ont pourtant pas jugées utiles d’enseigner et surtout d’expliquer à leur fils. Se sentant différent d’eux, il souffre d’un mal qu’il ne comprend pas. Il fait des tentatives de suicide, se dispute violemment avec ses parents, sans pour autant savoir pourquoi il se sent si mal. Rotha pense que c’est parce qu’il souffre du poids du passé, des non-dits… Grâce à ce voyage, il espère que Vannak se réconciliera avec lui-même et avec ses parents.
C’est pour ces enfants qui ne connaissent pas leur histoire que Loïc Barrière a voulu écrire ce livre. Si certains passages sont imaginaires, les différentes anecdotes proviennent du témoignage de Rotha que l’auteur a rencontré personnellement.
Après mon passage à la Librairie "Les mots vagabonds"
Le week-end dernier, j'ai été accueilli par un couple de libraires, charmants et enthousiastes, Laurence et Olivier Soumagne. J'ai passé l'après-midi et la soirée dans leur librairie, "Les mots vagabonds", à Niort... Ils ont fait un compte-rendu de nos échanges sur leur blog...
http://libmotsvagabonds.canalblog.com/




