L'excellent blog "La Lettrine" d'Anne Sophie Demonchy publie une longue chronique sur mon roman.
Merci beaucoup Anne Sophie ! Je vous recommande d'aller sur son blog régulièrement, il est très souvent réactualisé.

Le Choeur des enfants khmers - Loïc Barrière (Seuil)


    Pour faire connaître les horreurs de l’Histoire, un auteur peut avoir recours à deux possibilités : le document ou la fiction. Le premier offre l’avantage de s’appuyer uniquement sur le réel et le second celui d’introduire une intrigue… Nombreux sont les auteurs qui ont ainsi choisi la voie du roman pour raconter un événement historique tragique en s’appuyant sur des faits précis en alliant à la fois histoire personnelle et Histoire collective. C’est le choix qu’a fait le journaliste et écrivain Loïc Barrière dans son récent roman : Le Chœur des enfants khmers, publié au     Seuil.   

 

    Avant d’ouvrir ce livre, du Cambodge, je n’ai en tête que quelques évocations vagues : Pol Pot, les Khmers rouges et le temple d’Angkor. En lisant la longue préface de Loïc Barrière j’apprends ainsi que d’ici quelques mois, s’ouvrira, enfin, le procès des Khmers rouges, responsables d’un génocide ayant tué 2 millions de Cambodgiens.   

 

    Entre 1975 et 1979, les Khmers rouges ont pris le pouvoir et ont imposé une dictature alors que pendant quelque temps, ils furent une sorte d’espoir : les Khmers, en effet, se sont retrouvés en guerre, au cours du conflit entre les Etats-Unis et le Vietnam et les Khmers rouges se sont battus pour la paix. Très vite pourtant, les Khmers rouges ont changé leur attitude et ont utilisé la violence pour gouverner le pays. Ils ont appliqué la même politique que les communistes chinois : exécution des intellectuels et des enseignants, rejet de la culture, destruction des livres… En moins de quatre ans, un quart de la population est exterminée ! Pour échapper au massacre, nombre de Khmers ont essayé de s’enfuir clandestinement vers la Thaïlande et ont été accueillis dans des camps de réfugiés.   

 

    Selon Loïc Barrière, « le sourire des Khmers et la splendeur des paysages donnent l’illusion d’un pays en paix avec lui-même. Une illusion puisque le Cambodge d’aujourd’hui est l’enfant du génocide. Le souvenir des atrocités continue de meurtrir les survivants qui ont transmis leurs traumatismes aux nouvelles générations, dans le silence et le non-dit ». Au Cambodge, comme ailleurs, les enfants ignorent tout de cette période qui n’est guère enseignée. Les parents ont l’impression de rouvrir inutilement des plaies… Mais l’auteur est convaincu que pour comprendre la situation cambodgienne d’aujourd’hui, il faut raconter le passé.

    Ainsi, le procès des Khmers rouges, qui durera trois ans, est-il très attendu car il permettra non seulement d’affirmer officiellement qu’il y eut bien un génocide khmer, de juger les responsables, même si la plupart sont déjà morts, et enfin d’entendre les témoignages des victimes qui ont gardé le silence sur cette tragédie pendant trente ans.   

 

    La préface du livre du Chœur des enfants khmers est passionnante car elle permet de rappeler en quelques pages ce qui s’est passé dans les années 1970, qui sont les responsables, quels sont les enjeux du procès à venir et les critiques de certaines personnalités opposées à ce procès. Elle rappelle également le rôle de l'avocat Vergès dans cette affaire.
 

 

Sans craindre de rester ignorant de l'Histoire, on peut enfin commencer le roman puisque toutes les allusions ont été     précisément expliquées.   

    Josué a été adopté en bas âge par une Française et il ignore tout de son pays d’origine. Un jour, il rencontre dans une pagode à Vincennes un cambodgien, comme lui, Rotha qui contrairement à lui, a connu le génocide ainsi que l’exode et les camps de réfugiés. Parce que Josué ne reste pas indifférent aux récits de Rotha sur ses souvenirs et les récits des traditions khmers, les deux hommes se lient d’amitié. Un jour, Rotha convainc son ami et son jeune frère de partir au Cambodge, découvrir leur pays d’origine.   

 

Ensemble, ils découvrent les ruines d’un pays traumatisé par son passé car si la nature est splendide, derrière les visages enjoués des Cambodgiens se cachent de terribles souvenirs… S’entrecroisent ainsi des chapitres consacrés à la visite des sites et des récits tragiques à l’époque du génocide. Ainsi, l’on apprend que les enfants dans les écoles étaient embrigadés. Ils n’apprenaient rien en dehors des chants révolutionnaires… N’ayant pas le droit de connaître l’Histoire ni la littérature, et étant privés de véritables enseignants ainsi que de livres, les enfants demeuraient dans l’ignorance complète.

    A travers leurs rencontres, les voyageurs entendent de nombreuses anecdotes douloureuses : la vie dans les camps, les superstitions, les façons de survivre à la dictature mise en place… Rotha qui se souvient parfaitement de ses premières années, raconte ses différents souvenirs, que ce soit avant l’arrivée des Khmers rouges, l’exode ou la vie au camp en Thaïlande. Les récits sont souvent terribles mais versent rarement dans le pathos.   

 

    Mais si Rotha connaît son histoire et ses origines, en revanche, son jeune frère Vannak, qui est né en France, n’en a pas entendu parler. Il garde pourtant les traumatismes de sa famille. Ainsi, il est le seul à se sentir Français. Ses parents, eux, vivent selon les traditions khmères, traditions qu’ils n’ont pourtant pas jugées utiles d’enseigner et surtout d’expliquer à leur fils. Se sentant différent d’eux, il souffre d’un mal qu’il ne comprend pas. Il fait des tentatives de suicide, se dispute violemment avec ses parents, sans pour autant savoir pourquoi il se sent si mal. Rotha pense que c’est parce qu’il souffre du poids du passé, des non-dits… Grâce à ce voyage, il espère que Vannak se réconciliera avec lui-même et avec ses parents.   

 

    C’est pour ces enfants qui ne connaissent pas leur histoire que Loïc Barrière a voulu écrire ce livre. Si certains passages     sont imaginaires, les différentes anecdotes proviennent du témoignage de Rotha que l’auteur a rencontré personnellement.