Combien de blogs ai-je commencé ? Quatre ou cinq, probablement plus. Quel intérêt, me direz-vous ? Je reste émerveillé par ce qu’Internet nous offre, la communication directe, sans filtre, de l’auteur vers le lecteur. Un lecteur qui parfois vous répond. Facebook a ses charmes, Twitter aussi (je note au passage que le correcteur orthographique de mon traitement de texte ne souligne pas Facebook en rouge mais semble ne pas connaître Twitter – la prochaine version réparera cette lacune), mais le blog, du moins celui qui se veut littéraire, n’est qu’écriture – pas de parasitage lolesque ou émoticonesque. L’impudeur d’un blog, la prise de risque m’intéressent. A quoi bon poursuivre un journal « intime » qu’on décortiquera quand tous les protagonistes seront morts ? (J’ai tenu un journal de l’âge de neuf ans à trente ans). Le risque du remords, de la bêtise, de la redite. Du ridicule. De prêter le flan à la malveillance (j’ai été touché de lire les saloperies dont Marie Darrieusecq a été victime depuis son premier succès. Cette interview dans les Inrocks, cette semaine, me l’a rendu très sympathique.) Sans parler des fautes grammaticales ! J’allais oublier aussi le risque ultime – celui de ne pas être lu. (Un matin, je présentais le journal en direct comme à mon habitude et le réalisateur s’aperçut, au bout de la dixième minute que mon bulletin n’était pas diffusé car un programme exceptionnel le remplaçait à ce moment-là. – Au moins, toi tu m’as écouté ? lui demandai-je. Eh bien non, il était au téléphone, le bougre !)

 

L’inventeur du blog d’écrivain, bien avant la création d’Internet, est selon moi le journal Libération lorsqu’il eut l’idée de publier, chaque samedi, le journal de la semaine d’un écrivain. J'aurais adoré être sollicité par Libé ! J’aime bien aussi le journal de Sollers dans le JDD – j’ai du mal à suivre ses envolées dans ses livres épais mais je le considère comme un de nos meilleurs feuilletonistes et publicistes.

 

J’ai publié trois romans, j’en ai terminé un quatrième, un cinquième est en cours d’écriture. Pas de best-seller à mon actif, je ne vis donc pas de ma plume. Mais l’écriture est ce qui me constitue. Les livres m’aident à vivre. A affronter la médiocrité, la méchanceté. Certains ont la chance d’avoir Dieu dans leur vie, moi ce sont les livres. J’aime autant lire qu’écrire. Difficile de renoncer à l’un ou l’autre. Certains prédisent la mort du livre – pas seulement la mort du livre qui tient dans la main par opposition à l’e-book qui va déferler dans nos tablettes. Etrange, me direz-vous, d’avoir fondé toute sa vie sur quelque chose qui est peut-être voué à disparaître... 

 

J’ai longtemps cru que tout le monde ou presque avait la même passion que moi. Je pensais naïvement que toute personne aimant les livres rêvait d’être écrivain. Je ne comprenais pas que ma grand-mère, directrice d’école, n’ait pas imité la Comtesse de Ségur. Pourquoi donc mes profs de français n’avaient-ils pas publié au moins un roman, eux qui étaient capables d’analyser de manière aussi pointue les œuvres qu’ils me faisaient lire ? Maintenant, je me demande si la passion d’écriture n’est pas une névrose, une jolie névrose, voire un trouble obsessionnel compulsif. Ma foi, comment expliquer autrement qu’un homme renonce à presque tout pour aligner des mots sur un écran d’ordinateur ? Mais il est des névroses, comme certaines phobies (ma principale phobie : conduire une voiture – jamais je ne conduirai et personne ne pourra m’y contraindre), qui ne nécessitent pas d’être soignées.

 

Ecrire un blog, c’est aussi une manière de se dégourdir les doigts quand on est plongé dans une fiction qui exige rigueur, discipline et régularité.

J’aurais voulu trouver une forme intelligente à ce blog, comme les trois paragraphes d’Eric Chevillard.  Ce blog aura la forme que j’aurai au moment de l’écrire !

 

J’avais l’intention de commencer un blog sur la plateforme du Nouvel Obs et je me suis aperçu qu’il n’avait pas de bouton Facebook à la fin des notes publiées. Aussi ai-je décidé de rester sur mon vieux blog, celui qui me servait de dossier de presse depuis des années et qui apparaît en deuxième position lorsqu’on me googlise.