MMembre de Médiapart, Emmanuelle Caminade livre ici son sentiment après la lecture du Choeur des Enfants khmers

Le choeur des enfants khmers, de Loïc Barrière ( ou le Cambodge, malade du silence )

Le choeur des enfants khmers de Loïc Barrière est le récit du voyage au Cambodge de trois jeunes Khmers élevés en France, à la recherche d'un passé qui leur a été totalement ou en partie occulté.

Ce roman raconte de manière apaisée l'horreur du génocide perpétré par les Khmers rouges entre 1975 et 1979.

L'auteur semble en effet désireux de ne pas heurter ceux qui ont survécu au massacre et réussi à se reconstruire au prix de ce silence si pesant pour leurs enfants.

La description de la beauté des paysages, l'évocation des coutumes ancestrales et de la douceur souriante des Cambodgiens lui permettent de «diluer» le récit des atrocités subies et de rendre la vérité plus audible.

Loïc Barrière présente ainsi une version surprenante pour un occidental ne connaissant pas l'Asie, sereine, mais non expurgée, car il n'élude rien. Il aborde avec tact la complexité des faits, notamment cette tendance à la résignation, inscrite dans les mentalités, qui a fait supporter l'horreur en silence.

Il évoque, par ailleurs, les maux actuels du Cambodge qui frappent la société toute entière (corruption, esclavage domestique, prostitution enfantine ...) en mettant en lumière la persistance de cette passivité au sein-même de la nouvelle génération. Et le voyage initiatique de ces trois jeunes gens débouche sur une silencieuse et effrayante acceptation de l'impuissance.

Loïc Barrrière affiche ainsi un profond pessimisme sur l'avenir du Cambodge et offre à ses enfants khmers un modèle bien négatif pour se construire, en leur ôtant toute espérance.

Le choeur des enfants khmers, éditions du Seuil, avril 2008

Lien vers le blog médiapart d'Emmanuelle Caminade